Archive pour janvier 2010
Frédéric Martinet nous parle d’Actulligence Consulting
Je pense que les personnes qui lisent ce blog connaissent Frédéric Martinet, le bloggueur d’Actulligence. Son blog fait référence depuis plusieurs années dans le domaine de la veille et de l’intelligence économique. L’homme a travaillé pour plusieurs éditeurs dont KB Crawl et Spotter où il s’est forgé une solide notoriété. Ajoutez à cela son activité d’intervenant en Université et en grandes écoles, ses nombreuses conférences et son bagout intarissable et vous vous apercevrez que le nom de Fred Martinet fait tilter beaucoup de professionnels de la veille et de l’IE.
C’est avec ce réseau, ces acquis, sa connaissance toutes particulière des plateformes de veille et la soif d’un nouveau défi que Frédéric Martinet a décidé de créer Actulligence Consulting, un cabinet de conseil en intelligence économique. En fait, Actulligence Consulting est là pour conseiller en amont les entreprises voulant se lancer dans de la veille stratégique et investir dans une plateforme de veille. Il n’hésite pas à dire qu’en « Ayant participé à la conception et à la mise en place de nombreux projets de veille et maîtrisant les principaux outils de veille stratégique, cela me permet d’en connaître les écueils et donc de proposer des solutions concrètes pour réussir un projet de veille. »
Il a pris le temps de répondre à quelques questions :
Pourquoi devenir entrepreneur ?
Alors avant tout Gautier, lors de nos échanges préalables à cet interview tu m’as demandé « pas de langue de bois », alors pas d’hypocrisie non plus, je vais me permettre de te tutoyer puisque lorsque nous nous croisons d’habitude, le « tu » est de rigueur.
Pourquoi devenir entrepreneur ? Pour me confronter à la difficulté d’être le seul responsable de mes échecs et jouir pleinement de la satisfaction de mes réussites, pour savoir enfin si ma façon de travailler, les prestations que je suis à même de réaliser ont une vraie valeur, pour gérer mon emploi du temps sans être dans cette caricature du salariat français du travail « sur site », de la course aux heures de travail, des sacro-saint parisiens 9 / 19 (voir 9 / 20), pour tellement de raisons finalement qu’elles n’auraient pas forcément toutes leurs place ici.
Alors ça change la vie ?
Je pense que mes réponses précédentes y répondent en partie. Mais oui, ça change beaucoup de chose. Plus de stress d’abord, car se lancer dans l’entrepreneuriat en pleine crise c’était un challenge risqué et qu’il est plus difficile de trouver le sommeil lorsque l’on ne sait pas de quoi demain sera fait.
Comme tout entrepreneur individuel je dois gérer mon temps entre la prospection commerciale, l’administratif, les prestations que je réalise,les cours que je donne et aussi, ce à quoi j’ai toujours tenu depuis des années, le maintien de mes connaissances sur un secteur qui nécessite une auto-formation et une remise en question continue.
Comment définir simplement l’offre que vous proposez aujourd’hui et à qui s’adresse t-elle ?
Aujourd’hui, j’ai plusieurs types de prestations. La première, par ordre chronologique, c’est l’accompagnement des entreprises à la mise en place de leur dispositif de veille, qu’il soit orienté e-reputation, veille stratégique ou veille concurrentielle.
Audit du besoin, définition d’un dispositif de veille cible, rédaction du cahier des charges, grille de lecture des réponses à l’appel d’offres. En plus d’ordre chronologique, c’est le type de prestation que j’ai le plus de plaisir à travailler. J’ai vu trop de cahier des charges bâclés ne reposant pas sur des besoins réels. Trop de projets avortent car cette phase là n’est pas bien menée. Je pense par ailleurs que les éditeurs de solutions de veille ont tout intérêt à avoir une maîtrise d’ouvrage experte en face d’eux car un projet de veille pérenne c’est une bonne chose autant pour l’éditeur que pour le client.
Dans la suite du projet je propose également les prestations de déploiement et de sourcing / paramétrage sur les plateformes et logiciels de veille que je maîtrise (Website Watcher, KB Crawl, Digimind, Ami Software). Certains de ces éditeurs proposent leurs consultants internes ou disposent déjà d’un réseau de consultants qu’ils mobilisent le cas échéant, mais le client peut tout à fait décider de recourir aux services d’un consultant indépendant.
J’ai également un volet formation. Dans mes expériences passées j’ai réalisé quelques formations pour le compte de l’ADBS, formations orientées veille et recherche d’information.
Je propose certains modules packagées (recherche d’information, recherche d’information avancées, veille sur Internet et outils de veille, e-reputation) et dans ce champ de compétences j’étudie après les demandes de formation sur mesure.
Un autre volet de mon activité, mais que je ne veux pas majoritaire, c’est la « production », finalement la réalisation de la veille. J’envisage de faire cela pour les projets que j’ai suivi.
Combien tarifez-vous vos prestations ?
Comme la plupart des consultants je crois, au jour. A des prix raisonnables je pense. Le prix peut être variable selon le degré d’expertise attendue également. Si une prestation comporte des aspects fonctionnels le prix jour est moins élevé que pour des prestations de conseil. Les prix sont également dégressifs en fonction du volume de jour conclus, ce qui est tout à fait normal car cela dégage du temps alloué finalement à la prospection par exemple.
Mais rien n’est gravé dans le marbre, bien évidemment. Je ne vends pas un logiciel, ou un produit fini. Et bien d’autres aspects peuvent être pris en compte, comme par exemple le droit de citer le client comme référence, voir la possibilité de faire une communication, les suites envisageables.
Quelle plateforme de veille conseilleriez-vous à une « boîte de veille » en e-reputation ?
Ouhla!! LA question qui tue. Le genre de questions sur laquelle on peut se faire des ennemis jurés. Alors je vais essayer de ne pas faire de langue de bois. Disons que la réponse ne peut pas être simple. Si elle l’était je ne pense pas que je me serais lancé sur un créneau spécialisé qui justement vise à apporter ce genre de réponses aux entreprises.
A mon sens il n’y a pas de plateforme universelle qui répondrait à tous les besoins en de veille image et d’e-reputation. Il y a d’abord un projet à construire, des objectifs à définir. Ces objectifs doivent clairement définir les actions qui s’ensuivront. Une fois le sens donné à ce projet alors on peut se pencher sur un outil, soit « sur étagère », soit un outil personnalisable, soit le développement d’un outil sur mesure.
Le véritable intérêt c’est bien de s’outiller d’un logiciel qui corresponde à ses besoins réels et qui ait un coût raisonnable par rapport aux objectifs qu’il visera à atteindre.
Mais comme tu me connais et que la langue de bois ce n’est pas ma tasse de thé, je vais quand même citer quelques noms.
Pour faire ma veille e-reputation / personal brandig je suis outillé basiquement d’outils multiples, low cost, qui me permettent d’assurer une très bonne couverture des retombées qui me concernent. J’utilise un lecteur RSS Feed Demon qui couvre un nombre important de blogs hi-tech, veille et intelligence économique et dans lequel j’injecte également des Google Alerts sur mon nom, mon site Web. Feed Demon me génère un flux de synthèse (dénommé watch) qui regroupe toutes les publications me concernant ramenées par ce biais.
J’utilise également StepRep qui me ramène un peu de bruit mais reste un outil intéressant quoique perfectionnable. Backtype quand à lui me permet de couvrir les espaces de commentaires. Je l’utilise depuis quelques semaines mais je le trouve vraiment très partiel.
Voilà, quelques outils qui à mon avis peuvent tout à fait correspondre à une PME de petite taille et qui ont l’avantage d’être gratuits.
Dans le low cost e-reputation j’avais également apprécié à son lancement Sentiment Metrics. Très simple d’utilisation avec des outils de reporting assez basiques.
Pour les autres plateformes spécialisées e-reputation je n’ai pas encore eu l’occasion d’en tester certaines qui semblent toutefois intéressantes telles que BIZ 360, …
Pour parler des acteurs français j’avoue avoir été assez bluffé par Synthesio très dernièrement. De surcroît je vois le chemin technologique qu’ils ont parcouru en moins de trois ans et je me dis que s’ils continuent à progresser comme cela ils pourraient bien s’imposer comme un acteur majeur du paysage francophone des solutions d’e-reputation.
Il s’agit là de mes coups de cœur mais j’insiste sur le fait que pour certains types de projet d’autres outils peuvent être également très intéressant.
Par exemple, Digimind a l’intérêt de pouvoir proposer un outil polyvalent correspondant également à des besoins en veille stratégique en permettant le paramétrage de ses propres sources. De même Ami Software a historiquement des technologies différenciantes sur le Search avec une couche sémantique ce qui permet d’envisager l’utilisation de leurs outils à des fins plus larges que la simple veille sur Internet, d’autres solutions ne sont qu’une façade de visualisation permettant de restituer le travail réalisé par des équipes de veilleurs et d’analystes (par exemple Spotter qui valorise surtout le rendu d’analyses clés en main pour le client sur des périmètres de veille internationaux).
Je pense par ailleurs que pour les clients, se poser la question de l’outil qui est utilisé est un point important. Beaucoup d’agences de communication ayant développées une offres e-reputation utilisent finalement un petit nombre d’outils, parfois en marque blanche.
Je pense également que les « annonceurs » ont tout intérêt à scinder la partie veille image et la partie actions de communication. Demander à une agence chargée de promouvoir votre image en ligne d’évaluer elle même finalement ses prestations en réalisant la veille image et le reporting e-reputation est une erreur majeure, et finalement aussi une appréciation un peu naïve des relations clients-prestataire.
Ce n’est pas pour rien par exemple que les garagistes ne réalisent pas de contrôles techniques…
Avez-vous eu du mal à dénicher votre premier client ?
Non… J’ai quitté mon ancien employeur avec une première mission. Cela fait désormais bientôt 3 mois que je vole désormais de mes propres ailes et mes journées sont bien remplies. Je n’ai d’ailleurs pas encore trop eu le temps de m’occuper de ma communication, ni même de faire de la prospection commerciale ou de « packager » mon offre et de la diffuser sur mon site web. Je ne peux qu’espérer que cela continue comme cela.
Vous-êtes vous fixé des objectifs de croissance ?
Très sincèrement non. L’objectif d’Actulligence Consulting c’était avant tout de pouvoir faire un métier que j’aime dans un secteur qui me passionne depuis que je suis sorti de la fac il y a 10 ans et d’en vivre. Si j’arrive à vivre de cette activité, si j’arrive à mener des projets qui m’intéressent dans des entreprises qui ont des vrais projets de veille, alors je serai parvenu à mon objectif. Mais disons que si la croissance vient à moi je ferai ce qu’il faut pour y répondre. Par ailleurs l’intelligence économique est un métier, une communauté dans laquelle j’ai rencontré des personnes de grande valeur : des gens passionnés, de grande valeur intellectuelle, mais également des valeurs humaines. Je serais ravi d’avoir un jour l’occasion de travailler avec certaines de ces personnes, pourquoi pas sous la marque Actullience Consulting.
Frédéric Martinet, merci.

